En 2022, la Banque centrale européenne notait que moins de la moitié des transactions en magasin étaient réglées en espèces, un seuil jamais atteint auparavant. Au Danemark, la législation autorise certains commerces à refuser totalement les paiements en liquide dès la tombée de la nuit.
Le recul du cash s’accompagne d’une multiplication des solutions de paiement numériques, mais certains acteurs économiques et associations de consommateurs alertent sur les risques d’exclusion et les enjeux de confidentialité. La disparition progressive de l’argent liquide fait émerger des équilibres inédits entre innovation, contrôle et liberté individuelle.
Où en est l’argent liquide aujourd’hui dans nos sociétés ?
Le paiement en espèces a encore droit de cité, mais la tendance se confirme : la part du cash s’amenuise. Argent liquide, pièces et billets restent des moyens de paiement légaux en France, appuyés par la banque centrale et la banque de France. Pourtant, le dernier rapport de la banque centrale européenne témoigne d’un changement radical des habitudes. En 2022, pour la première fois, moins de la moitié des paiements en magasin se font en espèces dans la zone euro. En France, la bascule s’opère surtout sur les petites dépenses du quotidien, où la carte bancaire et le paiement mobile raflent la mise.
Utiles pour certains commerces et pour une partie des ménages, pièces et billets voient leur usage reculer partout en Europe. Le phénomène s’accentue dans les centres urbains : rares sont les commerçants qui privilégient encore le cash. Quelques chiffres illustrent ce repli :
- En France, la valeur des transactions en argent liquide a chuté de près de 20 % en cinq ans.
- Moins de demandes de billets aux guichets de la banque de France depuis 2021.
- Dans certains pays européens comme la Suède ou les Pays-Bas, les paiements en espèces ne représentent même plus un quart des achats.
Le cours légal de l’euro impose encore l’acceptation de l’argent liquide, mais le paysage change, entraîné par la technologie et de nouveaux modes de consommation. Il ne s’agit plus de se demander si le cash va reculer, mais jusqu’à quel point et à quel rythme.
L’essor des paiements numériques : tendances et innovations majeures
L’essor du paiement numérique bouleverse le commerce et les pratiques bancaires. La carte bancaire s’affirme comme la norme, propulsée par le paiement sans contact. Depuis la crise sanitaire, un simple geste sur le terminal de paiement suffit, accélérant le passage en caisse et réduisant les manipulations. D’après la Banque de France, près de 70 % des transactions en points de vente se font aujourd’hui par carte, et ce taux dépasse largement 90 % dans certaines grandes villes.
Les innovations ne manquent pas. Des solutions mobiles comme Apple Pay ou Google Pay conquièrent une clientèle en quête de rapidité et de simplicité. Le smartphone devient un portefeuille, une carte de paiement, parfois même une carte de fidélité. Cette transformation modifie en profondeur la relation entre commerçants, banques et consommateurs. Les terminaux de paiement évoluent et intègrent désormais le paiement mobile, le QR code ou le paiement différé.
Les fintechs apportent leur propre révolution : nouveaux modèles de paiement par carte bancaire, outils de gestion de trésorerie en temps réel, facturation instantanée, solutions d’authentification renforcée. La sécurité progresse, mais l’expérience utilisateur reste au centre des priorités.
Cette dynamique ne concerne pas que la France. Partout en Europe, le paiement numérique s’impose comme la nouvelle référence. Rapidité, traçabilité, flexibilité : la transformation force les institutions traditionnelles à réinventer leurs offres pour rester dans la course.
Quels enjeux soulèvent la disparition progressive du cash ?
Ce basculement vers une société peu à peu privée d’argent liquide met en lumière plusieurs défis majeurs. L’inclusion financière figure en haut de la liste. Nombre de citoyens européens, personnes âgées, foyers modestes, habitants éloignés des centres urbains, s’appuient encore sur le paiement en espèces au quotidien. La raréfaction du cash pourrait creuser la fracture numérique, laissant certains sur la touche.
Autre question brûlante : l’anonymat. Payer en espèces, c’est garder le contrôle sur sa vie privée, sans laisser de trace numérique. La carte bancaire ou l’euro numérique ne garantissent plus ce niveau de discrétion. Les débats sur le respect de la vie privée montent d’un cran, dans les discussions du parlement européen ou du conseil de l’Union européenne. Le projet d’euro numérique, mené par la banque centrale européenne, promet rapidité et efficacité, mais soulève la question du suivi des transactions.
La sécurité change de visage : moins de risques de vol à la tire, mais de nouveaux dangers surgissent, cyberattaques, fraudes, incidents techniques. La banque de France insiste sur l’exigence de renforcer la robustesse des systèmes de paiement face à ces menaces inédites.
Les décideurs publics doivent jongler entre modernisation et maintien du cours légal des espèces. Suivi précis, consultations, textes budgétaires : chaque étape de la mutation s’accompagne d’une attention particulière à la monnaie fiduciaire, notamment lors de crises majeures ou d’aléas imprévus.
Vers quel modèle de paiement allons-nous demain ?
Le paysage des paiements avance à grands pas, sous l’impulsion conjointe des autorités monétaires, des banques et des géants de la tech. La banque centrale européenne place l’accès aux moyens de paiement au centre de ses préoccupations : l’argent liquide garde son cours légal dans la zone euro, mais les alternatives se multiplient. Pas question de faire disparaître brutalement les espèces : la transition s’organise, pour permettre à billets et pièces de cohabiter avec les solutions digitales.
Côté français, la banque de France défend la pluralité : carte bancaire, paiement mobile, virements instantanés, sans oublier le maintien du paiement en espèces pour ne laisser personne au bord du chemin. Cette philosophie se retrouve dans le projet de règlement européen actuellement discuté : chacun doit pouvoir choisir son moyen de paiement, sans pression commerciale ni contrainte technologique.
Trois axes structurent les scénarios à venir :
- Renforcer les infrastructures de paiement numérique, sous l’impulsion des banques centrales et des établissements privés
- Déployer progressivement l’euro numérique en complément de l’argent liquide
- Protéger l’accès au paiement en espèces, garanti par le droit européen pour préserver la liberté de chaque citoyen
Les états membres n’avancent pas tous au même rythme. Là où la Suède accélère la digitalisation, la France défend la coexistence. L’avenir s’annonce hybride : aucune solution unique, mais une mosaïque de moyens de paiement sous la surveillance attentive des régulateurs. Le billet de banque n’a pas encore tiré sa révérence, mais la scène s’élargit et les règles du jeu évoluent, sous nos yeux.


